ATM : Pourquoi ça marche en République Dominicaine mais pas en Haïti ?

0
4591

Les Distributeurs Automatiques de Billets (ATM) sont devenus un élément essentiel de la vie quotidienne dans la plupart des pays. En France et aux États-Unis, ces machines sont synonymes de commodité, permettant aux citoyens de retirer de l’argent à tout moment, d’effectuer des dépôts ou même de régler des factures. Cependant, en Haïti, ces outils modernes se transforment souvent en véritables casse-têtes. Alors que nous entrons dans la période des fêtes, où les besoins en liquidité augmentent, la situation des ATM en Haïti mérite une analyse sans complaisance.

En France, les ATM sont dispersés dans les moindres recoins : des petites communes rurales aux grandes métropoles. Non seulement ils fonctionnent presque sans interruption, mais ils offrent aussi des services variés, comme l’impression de relevés bancaires ou le transfert d’argent. De plus, les pannes sont rares et rapidement résolues.

Aux États-Unis, la situation est similaire. Les banques et entreprises privées gèrent un réseau d’ATM dense et efficace, même dans des endroits reculés. L’objectif est simple : offrir un accès fluide à l’argent liquide pour maintenir une économie en mouvement. Les consommateurs peuvent même utiliser des applications mobiles pour localiser le distributeur le plus proche.

En République Dominicaine, les ATM sont omniprésents et opérationnels. Que vous soyez à Saint-Domingue, à Punta Cana ou dans une petite ville comme San Juan de la Maguana, il est rare de rencontrer un distributeur hors service. 

Dans ces pays, les ATM sont comme un robinet d’eau courante : il suffit de tourner le robinet pour obtenir ce dont on a besoin. Leur bon fonctionnement repose sur un système bancaire robuste, une infrastructure électrique fiable et un service client réactif.

En Haïti, les ATM, au lieu d’être des symboles de modernité, ressemblent davantage à des fontaines publiques asséchées en pleine sécheresse. Voici quelques raisons principales :

1. Un réseau bancaire limité et mal entretenu

Les banques haïtiennes gèrent un nombre restreint d’ATM, souvent concentrés dans les grandes villes comme Port-au-Prince ou Pétion-Ville. En province, les habitants doivent parfois parcourir des kilomètres pour trouver un distributeur. Et quand ils en trouvent un, il est souvent hors service ou à court de billets.

2. Manque de maintenance et de fiabilité

Un ATM en Haïti peut être hors service pendant des jours, voire des semaines, sans qu’aucune réparation n’intervienne rapidement. Imaginez un hôpital qui ne reçoit pas d’ambulances parce qu’elles sont en panne : c’est l’équivalent du chaos financier qu’engendrent ces pannes.

3. Pannes électriques récurrentes

Le fonctionnement des ATM dépend de l’électricité et de connexions internet stables. En Haïti, où l’accès à l’électricité est intermittent et où les infrastructures numériques sont fragiles, les distributeurs sont souvent hors ligne.

4. Une demande qui dépasse l’offre

Pendant les périodes de fête, comme Noël, les ATM deviennent des points de survie pour les citoyens. Les files d’attente interminables devant les machines témoignent d’une demande écrasante que le système bancaire actuel ne peut pas gérer. Ce phénomène est comparable à une station-service en pleine pénurie d’essence : le chaos est inévitable.

5. Manque de vision stratégique

Les banques haïtiennes semblent traiter les ATM comme un simple service secondaire. Pourtant, dans d’autres pays, ces machines sont au cœur de la stratégie d’inclusion financière, permettant même aux citoyens sans compte bancaire d’accéder à des services de base.

En période de fêtes, lorsque les familles ont besoin de liquidités pour acheter des cadeaux, des provisions ou pour voyager, cette inefficacité devient une source majeure de frustration. Les citoyens doivent parfois passer plusieurs heures dans une file d’attente ou se rendre à plusieurs ATM avant de pouvoir retirer un peu d’argent, si les machines ne sont pas déjà vides. Cela a des conséquences graves :

• Un ralentissement de l’économie locale, car les commerçants dépendent des paiements en liquide.

• Un stress accru pour les citoyens, qui doivent jongler entre leurs obligations personnelles et la recherche de liquidités.

• Une méfiance envers le système bancaire, perçu comme incapable de répondre aux besoins de base.

En Haïti, on peut comparer les ATM à des dépôts de lait qui devraient fournir du lait frais chaque matin. Mais imaginez que ces dépôts sont mal approvisionnés, avec du lait parfois périmé ou des portes closes sans avertissement. Les parents qui comptaient sur ce lait pour nourrir leurs enfants se retrouvent dans une impasse. C’est exactement ce qui se passe avec les ATM : une ressource essentielle qui n’est pas accessible quand on en a le plus besoin.

Que faut-il changer ?

1. Investir dans les infrastructures bancaires

Les banques haïtiennes doivent augmenter le nombre d’ATM, surtout dans les zones rurales. Chaque commune devrait disposer de plusieurs distributeurs opérationnels, tout comme chaque quartier en dispose dans les grandes villes du monde.

2. Maintenance proactive

Un système de surveillance centralisé pourrait permettre aux banques de savoir immédiatement lorsqu’un ATM est hors service ou à court de billets, afin de réagir rapidement.

3. Améliorer l’accès à l’électricité et à l’internet

Sans une infrastructure électrique fiable et un réseau internet stable, les ATM continueront d’être des machines capricieuses et imprévisibles.

4. Éducation financière et confiance

Les banques doivent travailler à regagner la confiance des Haïtiens en expliquant leurs démarches pour améliorer le service et en incluant davantage les citoyens dans le système bancaire.

Alors que nous entrons dans la période des fêtes, où l’argent liquide est roi, le fonctionnement chaotique des ATM en Haïti est un rappel brutal des défis structurels auxquels le pays fait face. Ce problème n’est pas qu’une simple question technique : il est le reflet d’une gestion inefficace, d’un manque de vision et d’un mépris des besoins fondamentaux des citoyens.

Si Haïti veut rejoindre le reste du monde dans la modernité bancaire, il est temps de transformer ces machines silencieuses en véritables outils de progrès et de soulager enfin les longues files d’attente qui paralysent les fêtes de fin d’année.

Partager

Comments are closed.