Éditorial : Haïti et ses “Avancées” Technologiques – Miracle Moderne ou Mirage Numérique ?

En Haïti, l’octobre 2024 pourrait bien rester dans les mémoires comme le mois où le pays a décidé de s’envoler vers la modernité numérique, tel Icare rêvant de toucher les étoiles. Des initiatives majeures ont émergé : la NATCOM veut étendre ses infrastructures télécoms, le gouvernement parie sur la transformation numérique, et le CONATEL évalue la qualité de l’internet mobile. Mais une question persiste : Haïti est-elle prête pour cette “révolution” technologique, ou s’agit-il d’un rêve fragile qui s’effondrera à la première brise ?
NATCOM et ses câbles : un avenir connecté… ou branché sur une illusion ?
La NATCOM, avec son projet de fibres optiques souterraines, promet d’améliorer la connectivité à travers le pays. Oui, imaginer un Haïti où l’internet est rapide et accessible pourrait paraître alléchant, mais n’oublions pas que poser des câbles en Haïti revient parfois à lancer une bouteille à la mer. Entre les défis logistiques et l’insécurité qui menace les infrastructures, ces câbles pourraient bien se retrouver déterrés, vandalisés ou pire, utilisés pour d’autres fins. Sans parler du coût de l’internet mobile qui, pour le citoyen moyen, reste un luxe – un peu comme s’il fallait un abonnement pour boire de l’eau courante. Le problème est là : on parle de connexion, mais qu’en est-il des finances ?
La transformation numérique de l’administration : une utopie bureaucratique ?
Avec 16 millions de dollars investis par la BID, le gouvernement haïtien ambitionne une transformation numérique de ses services. Formidable en théorie, mais dans un pays où le bureaucrate aime autant son papier que le coq aime son maïs, la transition vers une administration “sans papier” risque de faire grincer bien des dents. L’idée est belle : faciliter l’accès aux services publics, renforcer la transparence, et peut-être même, soyons fous, réduire la corruption. Mais face aux réalités d’un État où chaque fonctionnaire a son petit pouvoir à défendre, la digitalisation peut sembler un rêve naïf.
Le gouvernement espère également que ce programme de transformation numérique contribuera à la cybersécurité, un mot presque exotique ici. Cependant, confier nos données à des serveurs nationaux alors que la sécurité informatique demeure un défi pourrait rapidement tourner au cauchemar. Un simple bug ou une intrusion, et voilà que les données personnelles de chaque citoyen pourraient circuler comme des cartes postales dans le cyberespace .
Qualité d’internet : entre espoir et réalité
Le CONATEL a récemment évalué la qualité des services internet de la NATCOM et de Digicel, révélant une fracture numérique évidente. En ville, l’internet passe parfois, mais en zone rurale, c’est une autre histoire : pas de réseau, pas de données, rien. Dans un pays où la connectivité est aussi vitale que l’eau courante, cette fracture digitale laisse encore une majorité de la population dans l’obscurité numérique. Comment espérer un développement technologique si l’internet, l’infrastructure de base de toute avancée numérique, n’est accessible qu’à une poignée d’élus ?
Avantages et désillusions : un regard lucide
Sur le papier, ces projets ont le potentiel de transformer Haïti, d’accroître l’accès à l’information, et même de moderniser l’administration. Mais en réalité, les obstacles sont nombreux et profonds. Sans une gestion rigoureuse, des infrastructures sécurisées et des politiques qui privilégient l’inclusivité, ces “avancées” resteront des îlots de modernité dans un océan de défis.
Pour Haïti, la véritable transformation réside moins dans l’importation de technologies dernier cri que dans la capacité de l’État à assurer la continuité de ces infrastructures et à en démocratiser l’accès. Alors, peut-on vraiment croire à cette révolution numérique ? Peut-être, mais sans un changement de cap, Haïti pourrait bien rester dans l’ombre de ses propres illusions technologiques.