Éditorial : Les parents haïtiens face au jugement des jeunes générations

En Haïti, un slogan surgit dans les conversations et les réseaux sociaux, résonnant comme un cri de détresse et de reproche : « Granmoun yo echwe. » Ce slogan, qui se traduit par « les parents ont échoué, » exprime un sentiment profond de frustration et de désillusion parmi les jeunes Haïtiens. Pourquoi une telle perception ? Quels sont les éléments qui alimentent ce jugement sévère ?
Pour comprendre cette affirmation, il est essentiel de plonger dans la réalité socio-économique et politique du pays. Depuis des décennies, Haïti est aux prises avec des crises répétées : instabilité politique, catastrophes naturelles, pauvreté endémique, et une infrastructure défaillante. Les générations précédentes, souvent désignées par ce slogan accusateur, ont dû naviguer dans ce contexte tumultueux avec des ressources limitées et des choix souvent restreints.
La transmission des fardeaux
Les parents haïtiens, comme dans toutes les sociétés, ont l’aspiration de voir leurs enfants vivre mieux qu’eux-mêmes. Cependant, ils sont confrontés à des défis monumentaux. L’éducation, pilier essentiel pour l’ascension sociale et économique, demeure inaccessible pour une grande partie de la population en raison de coûts élevés et de la faible qualité des établissements scolaires. Nombreux sont les parents qui, malgré leurs efforts, ne parviennent pas à offrir une éducation adéquate à leurs enfants, compromettant ainsi leur avenir.
La quête de l’amélioration
Les jeunes Haïtiens, en grandissant, prennent conscience de l’ampleur des obstacles qu’ils doivent surmonter. Ils constatent que les promesses de changement et de progrès, tant entendues, peinent à se réaliser. Ils sont témoins d’un système corrompu où les opportunités semblent inaccessibles à moins d’avoir des connexions influentes. Cette réalité génère un sentiment d’injustice et de frustration, les amenant à blâmer les générations précédentes pour ne pas avoir su instaurer un système plus juste et équitable.
Un héritage lourd à porter
Cependant, il est crucial de comprendre que les « granmoun » ont eux-mêmes hérité d’un ensemble de circonstances difficiles. Les cycles de dictature, les interventions étrangères, les embargos économiques, et les désastres naturels comme le séisme de 2010, ont façonné un contexte dans lequel il était déjà extrêmement complexe de bâtir un avenir prospère. Beaucoup de parents ont fait de leur mieux avec les moyens disponibles, mais le poids de l’histoire et des conditions structurelles ont souvent réduit leurs marges de manœuvre.
La nécessité d’un dialogue intergénérationnel
Pour dépasser cette vision dichotomique de l’échec, il est essentiel d’établir un dialogue constructif entre les générations. Les jeunes doivent comprendre les luttes et les sacrifices de leurs aînés, tandis que les parents doivent reconnaître les attentes et les aspirations légitimes de leurs enfants. Ensemble, ils doivent travailler à la construction d’un avenir où chacun se sentira impliqué et entendu.
En conclusion, le slogan « Granmoun yo echwe » est un appel à la réflexion et à l’action collective. Il souligne la nécessité de repenser les structures sociales, économiques et politiques du pays pour créer un environnement où chaque génération peut prospérer. Plutôt que de se diviser, il est temps pour les Haïtiens de toutes les générations de s’unir et de collaborer pour bâtir un futur digne de leurs rêves et de leurs aspirations. C’est dans cette union que réside l’espoir d’un Haïti meilleur, capable de surmonter ses défis et de réaliser son potentiel.
Par John BOISGUENE