
Dans l’éclat des couleurs, la cadence des tambours, et la vibrance des masques sculptés à la main, le Carnaval de Jacmel se dresse, année après année, comme un phare culturel illuminant la fierté haïtienne. Pourtant, ce joyau reste une opportunité sous-exploitée. Ne devrions-nous pas, collectivement, transformer cette manifestation artistique en un levier économique puissant, capable d’irriguer les caisses de l’État tout en dynamisant le tissu social et entrepreneurial de Jacmel et du pays tout entier?
Jacmel est bien plus qu’une ville. C’est une scène vivante où l’histoire et l’art fusionnent pour raconter l’âme d’Haïti. Son Carnaval, reconnu pour sa singularité et son authenticité, est une ode à l’ingéniosité haïtienne. Chaque masque, chaque costume, chaque danse porte l’empreinte d’un savoir-faire ancestral transmis avec amour et passion. Cette richesse culturelle est une matière première que nous négligeons encore de transformer en or économique.
Le thème de cette 33e édition – “Nan yon sèl kò, ann fè yon lòt Jakmèl pou yon lòt Ayiti” – nous lance un appel : réinventons Jacmel, réinventons Haïti, à travers une action collective et audacieuse. Faisons du Carnaval de Jacmel non seulement une célébration, mais un moteur de croissance et un ambassadeur économique et culturel à l’échelle nationale et internationale.
Un Carnaval transformé en activité génératrice de revenus peut produire des effets structurants à trois niveaux : local, national et international. Voici les retombées concrètes que l’État pourrait récolter en soutenant cette vision :
1. Tourisme culturel en plein essor
Jacmel peut devenir une capitale culturelle et touristique en attirant des visiteurs non seulement pour les 3 jours gras (02, 03 et 04 mars), mais aussi pour les événements préparatoires comme les journées d’exercices (19 janvier) et le pré-défilé (16 février). Chaque touriste est une opportunité :
• Hébergement dans les hôtels locaux.
• Consommation dans les restaurants, bars, et commerces.
• Achat de souvenirs, notamment des masques et des œuvres d’art.
Des études dans des pays voisins, comme la République dominicaine, montrent que des carnavals bien structurés génèrent des revenus touristiques de plusieurs millions de dollars chaque année. Haïti peut suivre cet exemple en créant des packages touristiques incluant transport, hébergement et visites guidées des ateliers d’artisans.
2. Dynamisation de l’entrepreneuriat local
Le Carnaval mobilise une multitude de secteurs :
• Les artisans qui fabriquent les masques et costumes.
• Les restaurateurs qui nourrissent les foules.
• Les transporteurs locaux.
En structurant mieux cette économie, l’État peut percevoir des taxes supplémentaires et encourager la formalisation des petites entreprises. Jacmel pourrait ainsi devenir un modèle d’écosystème entrepreneurial autour d’un événement culturel.
3. Un rayonnement international accru
En positionnant le Carnaval comme une attraction culturelle incontournable, nous pouvons attirer non seulement des touristes, mais aussi des investisseurs. La couverture médiatique internationale offrirait une vitrine exceptionnelle à Haïti, changeant progressivement les récits négatifs souvent associés à notre pays.
Pour transformer le Carnaval de Jacmel en un moteur économique, voici quelques propositions concrètes :
1. Créer une agence nationale de gestion des grands événements culturels
Cette agence, en partenariat avec le ministère de la Culture et celui du Tourisme, pourrait centraliser l’organisation, la promotion et la logistique du Carnaval.
2. Instaurer une billetterie électronique pour les événements majeurs
Bien que le Carnaval reste gratuit, des espaces premium pourraient être proposés aux touristes (tribunes, accès exclusifs, etc.) moyennant des frais.
3. Subventionner et encadrer les artisans et créateurs locaux
Des financements et formations pourraient être offerts aux artisans, leur permettant de produire en plus grande quantité et de vendre leurs œuvres à des prix compétitifs.
4. Développer des partenariats public-privé
Encourager les entreprises locales et internationales à sponsoriser le Carnaval. Cela allégerait les coûts pour l’État tout en augmentant la visibilité de l’événement.
5. Lancer une campagne internationale de promotion
Avec des vidéos immersives, des récits captivants et des visuels percutants, le Carnaval de Jacmel pourrait devenir une marque reconnue sur les cinq continents.
Pensez à Jacmel comme à un arbre : ses racines, nourries par l’histoire et la culture, sont profondes et solides. Mais cet arbre a besoin d’eau (le soutien de l’État) et de soleil (la visibilité internationale) pour produire ses fruits, qui profiteront à toute la nation. Chaque masque vendu, chaque visite touristique, chaque artisan payé est un fruit mûr qui contribue à nourrir l’économie locale et nationale.
Le Carnaval de Jacmel est une toile vivante où chaque Haïtien peut peindre l’avenir qu’il rêve. Avec un investissement structuré et une gestion visionnaire, cette manifestation culturelle peut devenir un trésor économique, un phare touristique, et une fierté nationale. En répondant à cet appel, l’État haïtien n’investit pas seulement dans une fête – il investit dans l’âme d’un peuple et dans l’avenir d’une nation.
“Nan yon sèl kò, ann fè yon lòt Jakmèl pou yon lòt Ayiti” : réinventons Jacmel pour qu’il porte Haïti vers de nouveaux horizons.