Le projet de fusée cargo de SpaceX menace un sanctuaire d’oiseaux marins dans le Pacifique

Alors que SpaceX et l’Armée de l’air américaine s’apprêtent à tester un ambitieux projet de livraison de fret par fusée hypersonique dans le Pacifique, des voix s’élèvent pour alerter sur un risque environnemental majeur : la menace directe que ce programme fait peser sur les oiseaux marins nichant sur l’atoll de Johnston, un territoire isolé et protégé des États-Unis.
Le projet, baptisé Rocket Cargo Vanguard, prévoit de tester l’atterrissage de véhicules de rentrée atmosphérique capables de livrer jusqu’à 100 tonnes de cargaison n’importe où sur Terre en moins de 90 minutes. L’Armée de l’air a désigné Johnston Atoll, à près de 1 300 km au sud-ouest d’Hawaï, comme site d’expérimentation, en collaboration avec SpaceX.
Mais pour les biologistes et les spécialistes de la conservation de la faune, cette initiative pourrait tout simplement anéantir des années d’efforts. L’atoll, d’à peine 2,6 km², abrite près d’un million d’oiseaux marins appartenant à 14 espèces différentes, dont les majestueux fous à pieds rouges et frégates à l’envergure impressionnante. Ces populations, autrefois décimées, avaient lentement retrouvé refuge sur cet îlot grâce à des politiques strictes de préservation.
Selon Ryan Rash, biologiste à l’Université du Texas ayant vécu presque un an sur Johnston, le principal danger réside dans l’effet psychologique et comportemental des tests sur les oiseaux :
« Le bruit des fusées risque de les faire fuir de leurs nids dans un état de panique tel qu’ils n’y reviendraient plus, causant la perte entière de nouvelles générations. »
Une inquiétude partagée par Steven Minamishin, biologiste du National Wildlife Refuge System, qui rappelle que toute activité aérienne sur cet écosystème ultra-sensible a un impact significatif.
Ironiquement, Johnston Atoll fut autrefois un site d’essais nucléaires et de stockage de produits chimiques comme l’Agent Orange. Depuis sa réhabilitation en 2004, l’atoll est devenu un refuge national faunique, soigneusement entretenu par le U.S. Fish and Wildlife Service, qui avait même éradiqué une espèce invasive de fourmis entre 2010 et 2021 grâce à des efforts méticuleux.
Aujourd’hui, ce fragile équilibre est à nouveau menacé. La construction prévue de deux plateformes d’atterrissage et le retour d’une dizaine de fusées sur quatre ans soulèvent des préoccupations majeures.
L’Armée de l’air affirme travailler à une évaluation environnementale en lien avec la NOAA et le Fish and Wildlife Service, comme l’exige le National Environmental Policy Act. Elle affirme vouloir atténuer les impacts potentiels, mais le doute demeure parmi les défenseurs de la faune.
Ce ne serait pas la première fois que SpaceX se retrouve au cœur d’une polémique écologique. En 2023, le lancement de Starship au Texas avait causé la destruction de nids d’oiseaux protégés, déclenchant des poursuites judiciaires. Elon Musk, fidèle à son ton provocateur, avait alors plaisanté en promettant de ne pas manger d’omelettes pendant une semaine.
Alors que Musk conseille actuellement le président Trump dans sa réforme de l’administration fédérale, son influence sur les projets gouvernementaux ne cesse de grandir — au détriment, semble-t-il, de certains écosystèmes vulnérables.
Le cas de Johnston soulève une question de fond : jusqu’où sommes-nous prêts à aller au nom de la rapidité logistique et de l’innovation technologique ? Faut-il sacrifier les derniers bastions de biodiversité pour faire atterrir des fusées plus vite ?
Pour Desirée Sorenson-Groves, présidente de la National Wildlife Refuge Association, la réponse est claire :
« Ces petites îles isolées sont tout ce qui reste pour ces espèces. Les États-Unis ont investi des millions pour les sauver. »
Alors que les commentaires publics sur le projet seront bientôt ouverts, la société civile et les scientifiques espèrent faire entendre leur voix avant que le vacarme des moteurs ne remplace définitivement le chant des oiseaux.
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