L’industrie des puces électroniques à Taiwan face à l’offensive chinoise : un avenir incertain ?

L’industrie des semi-conducteurs traverse une mutation profonde, et Taiwan, longtemps maître incontesté des puces dites “legacy”, voit son hégémonie sérieusement menacée. La montée en puissance fulgurante des fonderies chinoises, dopées par des financements massifs de Pékin et une stratégie de prix agressive, bouleverse l’équilibre du marché mondial.
Alors que la production de puces avancées reste sous l’embargo technologique américain, la Chine s’est tournée vers les puces matures (28 nm et plus), un segment essentiel pour les voitures, les écrans et de nombreuses applications industrielles. Un basculement stratégique qui inquiète profondément les acteurs taïwanais comme Powerchip, UMC et Vanguard International, contraints de revoir leurs modèles économiques pour survivre à cette nouvelle réalité.
En 2015, Powerchip Technology voyait en la Chine une opportunité en or. En s’associant avec la ville de Hefei pour créer Nexchip, le fabricant taïwanais espérait capturer une part du marché chinois en plein essor. Mais neuf ans plus tard, Nexchip est devenu l’un de ses plus grands rivaux. Forcée par Pékin à céder son activité lucrative de fabrication de circuits intégrés pour écrans plats, Powerchip doit aujourd’hui composer avec une concurrence redoutable qui l’affaiblit chaque jour un peu plus.
Les fonderies chinoises, dont Hua Hong et SMIC, ont adopté une approche ultra-agressive :
✅ Baisse drastique des prix grâce à des subventions gouvernementales.
✅ Expansion rapide des capacités de production : sur les 97 nouvelles usines de fabrication de puces ouvertes entre 2023 et 2025, 57 sont en Chine.
✅ Pression sur les entreprises chinoises pour qu’elles privilégient les fournisseurs locaux.
En conséquence, la part de marché de la Chine dans la fabrication des puces matures est passée à 34 % en 2024, contre 43 % pour Taiwan. Et selon TrendForce, d’ici 2027, la Chine dépassera Taiwan.
Face à cette menace, les fonderies taïwanaises n’ont d’autre choix que de se diversifier et de miser sur des segments plus avancés.
👉 Powerchip réduit progressivement ses activités sur les puces d’affichage et capteurs, très dépendantes du marché chinois, et se tourne vers la technologie 3D stacking, qui intègre la mémoire DRAM et la logique pour améliorer la performance énergétique.
👉 UMC, de son côté, travaille avec Intel pour développer des technologies plus avancées, espérant ainsi se démarquer de la production de masse chinoise.
Malgré cette course à la spécialisation, l’impact financier de la guerre des prix imposée par la Chine reste inévitable. La rentabilité des entreprises taïwanaises est mise sous pression, et la transition vers de nouveaux marchés ne sera pas immédiate.
Ironiquement, les tensions géopolitiques pourraient donner un coup de pouce à Taiwan. La méfiance croissante envers la Chine pousse certaines entreprises à éviter tout produit “Made in China”. Un cadre taïwanais du secteur des semi-conducteurs affirme ainsi que depuis 2023, de plus en plus de clients internationaux exigent que leurs puces soient fabriquées hors de Chine.
Washington surveille également cette montée en puissance chinoise avec inquiétude. L’administration Biden a récemment ouvert une enquête sur les pratiques des fonderies chinoises, et Donald Trump a promis d’imposer jusqu’à 100 % de taxes sur les semi-conducteurs fabriqués hors des États-Unis.
Ce climat de tensions internationales pourrait ralentir l’expansion chinoise, en poussant les clients à scinder leurs chaînes d’approvisionnement en réseaux “China-for-China” et “non-China”. Un mouvement qui, bien que bénéfique pour Taiwan à court terme, ne règle pas le problème de fond : la Chine est en train de s’imposer comme un géant incontournable des semi-conducteurs matures.
La domination taïwanaise sur l’industrie des semi-conducteurs est en train d’être remise en cause. Le modèle de subvention massive et de compétitivité agressive de la Chine bouleverse le marché, forçant les acteurs historiques à repenser leurs stratégies.
Entre diversification technologique, pression sur les marges, et réalignement des chaînes d’approvisionnement mondiales, Taiwan tente de garder son avance. Mais une chose est certaine : la guerre des puces est loin d’être terminée.
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