Où est l’État haïtien ? La révolution technologique ne nous attendra pas

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Pendant que le monde s’apprête à franchir un nouveau cap avec l’intelligence artificielle, l’industrialisation automatisée et la digitalisation des services, Haïti demeure figée dans une paralysie institutionnelle inacceptable. Chaque jour, de nouvelles nations émergentes transforment leur économie grâce à une vision technologique audacieuse, tandis que nous, nous nous complaisons dans une gestion archaïque et myope, totalement déconnectée des réalités contemporaines.

Où est l’État haïtien dans cette transformation globale ? Quelle politique ambitieuse a-t-il mise en place pour préparer notre jeunesse à la quatrième révolution industrielle ? Qui, aujourd’hui, prend la responsabilité d’ancrer Haïti dans l’avenir ? Les discours ne suffisent plus. L’urgence est réelle. L’inaction est criminelle.

Nous devons cesser de regarder passer les trains de l’histoire sans jamais y monter. Si nous ne formons pas aujourd’hui une masse critique de professionnels qualifiés dans les domaines technologiques, nous hypothéquons définitivement l’avenir de notre nation.

Dans un pays où l’éducation elle-même est en crise, parler de formation technologique peut sembler utopique. Pourtant, il s’agit de la seule voie viable pour sortir de la stagnation économique et sociale. Les modèles existent, les solutions sont connues, mais qui, au sein de l’appareil étatique, porte réellement cette vision ?

Les écoles haïtiennes continuent d’enseigner avec des méthodes du siècle dernier. L’apprentissage du numérique, des sciences de l’information, de la programmation, de l’intelligence artificielle ou encore de la cybersécurité reste quasi inexistant. L’État n’a ni stratégie d’intégration des technologies dans le système éducatif, ni programme structuré pour préparer la jeunesse aux défis futurs.

Que reste-t-il à espérer d’une nation qui refuse à sa jeunesse les outils de son émancipation ? Comment peut-on prétendre construire un avenir sans investir dans l’élément même qui le façonnera : la compétence ?

Si Haïti veut se positionner dans le concert des nations modernes, elle doit, dès aujourd’hui, lancer un plan massif de formation technologique. Il ne s’agit plus d’initiatives isolées ou de projets pilotes sans suivi, mais d’une refonte structurelle, profonde et irréversible.

Route de l’aéoport

Dix filières doivent impérativement être intégrées dans une stratégie nationale de formation :

1. Programmation et intelligence artificielle : Pour ne pas rester simple consommateur, mais devenir créateur de solutions innovantes.

2. Cybersécurité et infrastructures numériques : Protéger les données nationales et garantir une souveraineté numérique.

3. Énergies renouvelables et gestion intelligente de l’énergie : Réduire la dépendance aux combustibles fossiles et stabiliser le réseau électrique.

4. Agro-technologie et smart farming : Moderniser l’agriculture pour assurer la sécurité alimentaire.

5. Technologies médicales et télémédecine : Offrir un accès à la santé grâce aux outils numériques.

6. Construction et infrastructures intelligentes : Répondre aux défis climatiques et moderniser les infrastructures.

7. Économie numérique et fintech : Développer une économie inclusive grâce à la digitalisation.

8. Éducation numérique et e-learning : Améliorer l’accès au savoir, notamment dans les zones rurales.

9. Robotique et automatisation industrielle : Mettre en place une industrie adaptée aux réalités locales.

10. Création de contenus numériques et médias interactifs : Valoriser la culture et l’histoire haïtienne à travers le digital.

Ces filières ne sont pas des options, elles sont une nécessité. Sans elles, Haïti ne pourra ni attirer d’investissements, ni générer des emplois de qualité, ni offrir un avenir aux générations futures.

La formation technologique de masse ne devrait pas être un débat, mais une priorité nationale. Pourtant, que voit-on ? Un État passif, silencieux, sans ambition claire pour l’avenir numérique du pays. Aucune vision structurante, aucun budget conséquent, aucun cadre législatif moderne pour accompagner cette transformation. Comment justifier un tel abandon ?

Boulevard Jean Jacque Desssalines

Des pays autrefois aussi démunis qu’Haïti ont compris l’urgence de l’investissement dans le savoir. Rwanda, Estonie, Inde, Vietnam : autant d’exemples de nations qui, en une décennie, ont bâti une économie compétitive en s’appuyant sur la technologie. Haïti, elle, semble encore hésitante, comme si elle pouvait se permettre d’attendre.

Il n’y a plus de temps à perdre. L’État haïtien doit agir maintenant, et avec une détermination implacable. Il faut :

• Une refonte immédiate des programmes scolaires et universitaires pour y intégrer massivement la formation technologique.

• Un investissement stratégique, mobilisant des ressources locales et internationales, pour financer durablement cette transition.

• Une volonté politique sans équivoque, traduite par des lois et des mesures concrètes favorisant l’innovation et l’entrepreneuriat technologique.

• Une coopération ciblée avec les leaders mondiaux du numérique, pour accélérer le transfert de compétences.

Route de Delmas

L’histoire retiendra que, face à l’inéluctable transformation du monde, Haïti aura soit pris son destin en main, soit définitivement sombré dans l’insignifiance.

Nos jeunes, laissés sans avenir, devront-ils encore s’exiler pour trouver les opportunités que leur propre pays leur refuse ? Haïti, forte de sa jeunesse et de son génie, va-t-elle continuer à se priver de son propre potentiel, faute de vision et d’audace ?

L’heure n’est plus aux longs discours ni aux promesses vides. Soit nous construisons aujourd’hui un écosystème technologique robuste, soit nous condamnons notre nation à un retard irrattrapable.

Le choix est clair. Mais où est l’État haïtien pour le faire ?

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